Texte 2 GroundZero / Festival des Architectures Vives 2006 / CyrAr
Notice technique
CECI N’EST PAS LE PROJET :
Le sens commun veut que l’architecte soit un hiérarque, il ordonne les plans et ordonne leur exécution. Taxinome, superviseur. Mais quel est le champ étendu de ses attributions ? Dessinateur de lieux projetés, son domaine est celui du projet et de sa réalisation. L’origine est le but. Et le projet se prévoit par le dessin. Le dessin si l’on s’en remet à Alberti est une technique d’idéation. Au début donc était l’idée. Peut-être déjà un dessein, quoiqu’il en soit, quelque chose qui n’a jamais été, qui n’est pas, mais qui sera. Aussi, le projet n’est pas autrement que ce que l’on veut qu’il soit. Il suffit qu’on le veuille, il est déjà en devenir et l’idée de l’architecte travaille à cette préscience qu’il fera qu’il soit. Si le Lalande dit vrai, appliquant à un objet une opération de pensée, l’architecte conçoit. Pour l’avenir. Il puise donc hors de toutes reproductions, puisque son assignation est de faire surgir du connu le nouveau construit. Il présage du dessin la construction de nouvelles formes habitées d’habiter. L’existence même du projet, sa prémodernité le pousse au refus de l’institué -déjà-là-. Le projet architectural n’est pas là, il est ailleurs, dans l’ensuite modélisé et structuré. Aussi vrai que le projet est un défi lancé au temps, la projection de l’architecte s’affronte à l’ordre des choses. Pour que sa réalisation s’y intègre. Le temps du projet serait donc le présent continu, tant son jet asymptotique suit un point perspectif aussi fugitif que le temps historique. Mais jusqu’où ce continu perce-t-il le futur ? Certains juristes pragmatiques me rappèleront la responsabilité décennale, d’autres encore invoqueront la qualité de pérennité chère à Viollet-le-Duc… Procédons par étapes, l’idée se métamorphose en projet lorsqu’elle est conçue, mais quand le projet devient à son tour ouvrage ? Pour qu’un projet d’architecture se réalise, il faudra remuer ciel et terre. Si l’objet s’érige, sa réalité physique et matérielle sera incontestable. Sa mise au monde, sa simple résistance à l’air, lui prêtera existence sociale. Davantage, s’il est vraiment la conception d’une idée, alors, il aura une valeur d’usage à une échelle humaine. L’homme est l’étalon, le point de naissance de toutes lignes. Or l’être humain ressemble encore un peu à un animal social, aussi à l’évidence, lorsque l’architecture se projette sur le corps social, elle assume une mission sociale, la figure du mouvement historique. Le corps social support du projet est la ville, concentration d’architectures.
Un théâtre invisible qui n’offre qu’une lecture sub-versive qui interdit toute rebuffade frontale ; il se distille. L’interrogation de chacun plutôt que la focalisation de tous. Une multitude d'interventions, le harcèlement doit être suffisant pour que le promeneur nous devine en toutes choses. Nous vivons dans un temps où tout est contemporaine multiplicité. La ville inattendue est un extraordinaire composé de stabilité et de mouvance, de force gravitationnelle et d’agitation aléatoire, cette microgéographie de points discordants et d’échos silencieux où l'on voudrait saisir le présent et le prolonger. Or le présent des villes contemporaines n'a presque pas d'existence. Cette matière mouvante se perd dans l’évanescente succession des présentifications immédiates.
Nos travaux prendront corps aux alentours d'un objet-centre : « la PUCK », cette outil mobile permet matériellement, logistiquement, infrastructurellement, médiatiquement, l’émergence projetationnelle : la création de l’invention. Ce quartier général compacté qui sert à la fois de point de ralliement, de table de discussion, d’atelier de fabrication, matérialise hardiment la croisée d'épistèmes des pratiques architecturales. Un camp mobile de Work Shop In Progress. La première pierre. Celle qui angulaire se déploiera en arêtes flamboyantes. La coordination des moi libérés ou la faillite des identités trop pleines d'elles-mêmes.
Par exemple, si on voit un ouvrage (que je suppose n'être pas encore achevé) et qu'on sait que le but de l'auteur est de construire une maison, on dira la maison est imparfaite ; et au contraire, on dira qu'elle est parfaite aussitôt qu'on verra que l'ouvrage est conduit à la fin que son auteur s'était proposée. Mais si on voit un ouvrage dont on n’avait jamais vu le semblable, et si on ne connaît pas l'idée de l'artisan, on ne pourra évidemment savoir si cet ouvrage est parfait ou imparfait.
Qu’est-ce qui valorise l’objet dans sa manufacture ? (Entendue au sens littéral et étymologique)
La valeur-travail et le savoir-faire technique, la « Tecne » grecque est ce que le créateur engage dans le processus de création. Platon emploi la « Tecne » synonimiquement à « l’épistème » : le savoir. Aristote considère cette même Tecne comme le sujet du verbe aleteîn qui signifie : mettre à découvert, révéler. Ainsi donc, la pensée des Anciens rejette la simple dualité antithétique : pratique / théorie, et n’enferre pas la création technique dans le domaine de la Praxis. À l’instar, Alberti définit le dessin comme une « technique d’idéation ». La théorie marxiste supplantera la sagesse des Anciens, avalisera la pensée cartésienne, d’une nature mathématisée (lebenswelt) et renversera le cycle d’Auguste Comte : science d’où prévoyance d’où action, en rendant un prima à la pratique. Que doit-on, alors, entendre par « création technique » dans le traité de Vitebsk, cette action première qui conditionne l’accès au savoir théorique ou ce tiers primordial né du mariage du Logos et de la Praxis? La première occurrence d’apparition du terme « technique » remonte à Diderot qui évoque : « le technique de peinture ». Remarquons, qu’un peu moins de deux siècle plus tard, Malevitch extrait la technique de la couleur de celle de la peinture, et fond respectivement celle de la poésie dans la technique musicologique, et celle de la sculpture et de l’architecture dans la technique constructive.
Qu’est-ce qui justifie ces refontes et distinctions disciplinaires ?
Permettant plus de liberté et de rapidité. À l’instar de l’informatique, un établi sur roulette.
Vent dégourdi du bel envol, rétrocession désolée du transit en bouteille, les voies rapides. À bas la duperie de la machine à habiter immobile. Quelle idiotie a pu lui commander de ne connaître de mouvement que celui du chemin de grue. L’architecture nouvelle se doit de réhabiliter le vieux rêve futuriste, rendre habitable l’habitacle, déblayer les charpies concrètes des cités modernes et ouvrir dans ses charniers les routes des châssis construits. L’empire du Grand Inca se maintint tant qu’il tint les routes. Tamerlan ne reconnaissait d’intérêt aux villes que celui de la compilation des savoirs. L’homme s’est sédentarisé dans une sédimentation de propriétés, l’ère nouvelle en lui arrachant ce fer lui rendra sa liberté.
C'est pourquoi, la PUCK, à des roues de charrette. Ce Qu'il Fallait Démontrer.
Une architecture de la VIVAcité, celle de ceux qui n'ont pas de stand.