amis entends-tu le cri sourd d'la Duchère qu'on enterre [...]

Publié le par An-architecte

ducheres 210La ville naît d’une sédimentation bâtie que façonne les usages qu’instituent un temps long. L’usage des lieux est le mode d’appropriation de ceux-lá. La ville serait donc un cadre bâti dont l’occupation et l’usage constituent les seules formes de propriété. Une propriété collective d’un domaine édifié par l’effort social et pour sa jouissance sociale. La propriété commune de la valeur d’usage des villes. Comme l’explicite l’étymologie de mégalopolis la ville est le lieu des animaux sociaux et du nœud de l’enjeu politique. Il s’agirait peut être de décrypter, á la Duchère, l’expression de la polis folcadienne ou de la mégalo de M. Coulomb. Mais revenons au temps long d’un palimpseste dont nous postulions dès l’abord qu’il façonne la ville. Cette éternelle réincarnation de la ville dans son même corps est guidée par la considération d’un temps passé et l’intégration du suivant au premier. L’urbanisme se doit de réécrire un temps nouveau au présent continu. Il travaille á l’invention d’une traditionalité moderne et ce par superposition de calques á l’existant, son fond de plan ne serait être une feuille blanche ou volante.

Pourquoi démolir la monumentalité linaire de ces barres de logements ? Si c’est justement le caractère fort de ce projet, ces lignes de niveaux construites en ligne de crête, second horizon de Lyon, installé sur un plateau mais en surplomb sur la ville. Si ses habitants ne veulent pas les quitter, pour oú les en expulse-t-on ?

Comment l’incontournable maître mot de la politique urbaine a-t-il pu devenir la démolition ? Aujourd’hui les urbanistes s’enorgueillissent de détruire, alors que la France est affligée d’une pénurie de logements.

Le souci d’économie implique celui de la préservation et de la composition de l’existant, d’intégration á ses formes. La demande croissante de logement les commande. 2 á 3 ans pour obtenir un HLM á Lyon ; et combien compte cette ville de sans-abri ? Mais dans ce même temps on déconstruit á la pelleteuse c’est plus lent et plus cher que l’explosif, mais jugé moins traumatisant pour les populations autochtones. Toujours est il, que les opérations démolition / reconstruction se préoccupe moins de ceux-là, de leur relogement et du renouvellement d’une offre locative á bas prix1 ; que de la (contradictoire ?) valorisation des biens immobiliers. Pourtant, il reste indubitable que la partie du parc immobilier des offices HLM, á laquelle la Duchère appartient, pourrait être (re)valorisée autrement que par une tabula rasa qui commettra le même systématisme monolithique, la distribution de masses urbaines. Quand il faudrait rejoindre ces grands ensembles par la densité bâtie des emprises au sol multiples, en naturelle expansion dans l’alentour d’une aire urbaine.

C’est un mensonge de prétendre lutter contre la ségrégation spatiale en arguant d’une mixité sociale qui ne fait, en réalité, qu’amoindrir l’exercice de sa discrimination de l’échelle de la morphologie urbaine á la typologie architecturale.

L’urgence est á construire et non pas déloger les pauvres dans l’espoir d’installer sur le site des classes moyennes. Et la diversification de l’offre architecturale ne change rien au pouvoir d’achat de ces populations démunies. Quelle sensation ont éprouvés les habitants quand, á peine évacués, on a dynamité ce qui, hier encore, était leur lieu de vie ? Quel légitime sentiment de gâchis de vie, quand on réduit en décombres le foyer d’il y a peu. De quelle manière a-t-on associé les premiers intéressés á la consultation puisque les habitants de la barre 210 apprirent de la maquette du projet puis de la chargée de communication la disparition arrêtée de leurs chez eux.

C’était déjà là, et le projet urbain se devrait être un autre être là au côté du premier, parmi, ou encore au sein même. Plutôt que de raser ces fantômes de transatlantiques ne conviendrait-il pas, á moindre coût2, de percer leurs planchers, leurs plafonds, d’ouvrir á l’arrachée leurs cloisons de remplissage et de redistribuer les surfaces de ces ossatures structurelles. Les plateaux délivrés créeraient des volumes aux dimensions généreuses qui pourraient compter de nombreuses expositions. Ces espaces habitables lumineux et spacieux seraient á la post-reconstruction ce que les lofts sont aujourd’hui á la post-industrialisation. Mais le risque de dévaluer les cours de l’immobilier est trop grand pour entreprendre ce type d’opération. La logique qui prévaut est autre, on ne détruit pas pour le bien être ou la dignité des habitants de ces barres, mais pour valoriser la propriété foncière et immobilière des office HLM. Alors trêve d’hypocrisie que cela soit dit.

La Duchere Marcos 1986-2

 

1 Comme en témoigne l’atrophie du volet de cohésion social de la DIV

2 Référence 167 000 Euros opération démolition/reconstruction ANRU, voir rapport d’étude + Lacaton et Vassal

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